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N°01 - Petit Coca Noël Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par Chat-Rivarien   
05-01-2008

Nos personnes « ethnocentrées » ont parfois du mal à imaginer qu'à l'autre bout du monde, autour du 25 décembre,

il est possible d'observer à quelques pas d'une plage, sous un soleil de plomb, le Père Noël tout de rouge et blanc vétu, affublé de son énorme barbe blanche, entouré de sapins saupoudrées de neige factice.

 

C'est Noël en été. Les enfants, en maillot de bain, sautent de joie autour du gros bonhomme transpirant, proche de la syncope. Cet homme, au demeurant, plein de bonnes intentions, affublé du costume de « monsieur cadeaux » est la victime bien malgré elle, du « petit coca noël ». Chacun sait que le Père Noël doit ses couleurs rouges et blanches, en partie aux pontes du marketing d'une très grande marque de soda nord américaine* dont l'ingrédient principal entrant dans la composition de ce breuvage, se trouve sur les hauts plateaux andins: la coca.

coca
crédit Chat Rivarien

 

Jusque dans les années 30, l'alcaloïde cocaïne extrait de la feuille de coca était un des composants de cette boisson.

 

La coca a toujours été utilisée par les populations andines comme un rituel ancestral, mais également pour les aider à supporter le travail en altitude, le mal aigu des montagnes (el soroche) et les conquistadors espagnols du XVIIème siècle l'avaient bien compris: ils ont, un temps, tenté d'interdire cette plante sacrée des peules andins et se sont vite rendus compte que sans elle, le rendement des travailleurs des hauts plateaux en patissaient.

 

Mama Coca (mama inala en quechua) est un fondement culturel pour l'amérique latine où son usage remonte à près de 5000ans.

 

Tous les autochtones andins vous le diront: coca no es droga (la coca n'est pas une drogue).

 

En effet, telle quelle la feuille de coca n'est pas une drogue; l'alcaloïde contenu dans la feuille de coca n'est qu'un des nombreux composants entrant dans la fabrication de la drogue cocaïne.

 

D'ailleurs à Cuzco (Pérou), le nombril du monde (selon les incas), cette sentence s'arbore fièrement sur les tee shirts des touristes ou des habitants: coca no es droga

 

A mon arrivée à Cuzco, j'ai vite laissé tombé ma boite de « coramine glucose » pour une bonne infusion salvatrice de coca; efficacité certaine et cela ne fait pas de moi un cocaïnomane pour autant, loin de moi cette idée.

 

Tout aussi loin des plages du Callao, le Noël andin est fait d'hommages rendus à la pachamama (mère-terre dont la fille est la coca), et aux « enfants-dieux » des hauts plateaux, à travers la fabrication de superbes crèches colorées, héritages syncrétiques de la colonisation espagnole. Ici, point de personnage tout de rouge et blanc vêtu, ni de sapins, non pas que les populations locales soient déconnectés de nos évidences occidentales mais l'inhospitalité des lieux a fait que les andins ont su préserver leur identité et leurs eucalyptus. Ils boivent aussi, comme tout le monde, du coca mais y préfèrent leur boisson nationale l'Inka cola ,qui, ceci dit, appartient maintenant à 50% à la firme US.

 

L'influence du monde occidental semble donc, s'être arrêtée aux pieds des hauts plateaux andins.

 

Les populations autochtones fêtent Noël avec ferveur et fierté selon leurs coutumes, élèvent leurs lamas et vigognes paisiblement, cultivent le maïs ou les pommes de terre joyeusement et ce, grâce aux vertus de la coca sans laquelle le travail devient pénible à de telles altitudes. Le fruit de leurs récoltes, ils le vendent au marché de Pisac ou celui de Cuzco et en vivent tant bien que mal.

 

Cependant, l'homme est ainsi fait, qu'aujourd'hui, la feuille de coca est utilisée par les narco-trafiquants à des fins moins...médicinales, mettant en péril une culture millinéraire, une économie locale, et une frange de la population andine qui se retrouve victime des excès petits-bourgeois des pays occidentaux. Même si la coca n'entre plus dans la composition de notre soda préféré, même si elle est toujours utile en pharmacologie, elle sert, aujourd'hui, à saupoudrer de neige les narines de quelques quidams, et l'influence certaine, la pression qu'exerce les Etats-Unis sur les peuples et les nations pourvoyeurs de coca, n'est animée que par une vision unilatérale au détriment des cultivateurs andins condamnés à détruire leurs cultures (dans tous les sens du terme) et à les remplacer par de l'ananas ou tant qu'à y être, par des sapins de noël!.

 

Cultiver l'ananas ou l'asperge, ne rapporte rien au paysan andin. La vente de la coca à l'industrie pharmaceutique rapporte beaucoup plus.

 

Alors, en cette période de fêtes, de partage, d'ouverture, de positivisme ambiant, ayiez une pensée pour cette aberration, notre « petit coca noël » au bord de la syncope sur la plage du Callao, victime d'un monde unilatéral, sans scrupules, et imaginez-vous, à l'inverse, en plein hiver, à 3000m d'altitude, en maillot de bain sous les yeux ébahis de cette population andine qui, malgré la misère qui l'entoure, s'empressera de vous préparer une infusion de feuilles de coca qui éclairera votre esprit et vous évitera de tomber en syncope.

 


 

* voir texte de Mato Witko pour les détails

 


» 1 Comment
1"coca, drogues et droits h"
at 23-05-2008 16:15by Mato Witko
pour ma 25° émission radio de "2 micros pour l'espoir" je prends le risque d'aborder les relations entre droits humains et lutte contre la consommation des drogues... Et je parle des paysans andins (comme des Colombiens et sud américains en général) et j'ai pensé à relire ton texte...  
il est intemporel, j'ai beau le lire ne mai, il me plait toujours!!! 
à bientôt dans le Chaffouineur N° 3. 
 
Mato Witko
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Dernière mise à jour : ( 08-01-2008 )
 

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