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Mémoire Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par Jeannot Lapin   
15-03-2008
Travaillant plus pour gagner plus, la mule à huit pattes court après la mort, la réflexion a cassé ses miroirs, visages déformés dans un film en accéléré, les fusées de détresse zèbrent le ciel de leurs couleurs automnales…L’âge ne rime plus avec sérénité, et les boîtes d’artefacts débordent des tiroirs…

 

Alzheimer et le devoir de mémoire, l’oubli et le souvenir…Mais si la mémoire est un devoir, alors peut-être vaut-il mieux la perdre. Qu’ai-je pu te faire subir, mon amour…Quand tu es partie pour ces lointaines contrées, je ne me rendais pas compte que ce billet de train t’amènerait si loin de tout. Mais tout le monde m’avait donné de l’argent ; ma famille, qui considérait que notre union était impossible, mes collègues de travail. La police avait applaudi ma courageuse décision, et j’avais eu de l’avancement. A mesure que le temps m’emprisonne dans ses filets, tu t’éloignes de mes pensées, car survivre devient une urgence…A mesure que ma situation s’affermit, la tienne se dégrade…Il est trop tard pour les regrets, mais je tiens à ce que nos enfants se souviennent. La conservation du patrimoine historique des épurations ethniques depuis Cro- Magnon jusqu’à la Choah et les Tootsies, c’est tellement important, je veux pouvoir pleurer sous un drapeau. Alors je leur lègue ta photo, en noir et blanc, sur fond jaune. Ils se feront un devoir de fouiller ton passé, en écoutant du reggæ sur leur Ipod. Car n’est-ce pas, c’est pour qu’ils vivent que nous mourons, puisque la coexistence n’est définitivement pas possible, car tu as le culot d’éclater de rire quand je te raconte ma vie. Et derechef je continue à payer des billets d’avion à tous les déracinés d’Afrique et d’ailleurs qui militent pour un retour aux sources. Peu importe si les réacteurs du progrès polluent l’air que nous respirons ; la mémoire reviendra dans la petite case de paille, odeurs de racines, relents de sueur douce-amère, le lait de chèvre tiède t’appelle, te rappelle que tu as faim. Grandir est ton devenir, mais n’oublie pas la tradition, car c’est la force des adultes. Abraham prend son fils par la main, et l’emmène vers l’autel. Dieu sera-t-il présent pour retenir sa main, ou bien le couteau tranchera-t-il la chair parce qu’une fois encore l’enfant n’est pas reconnu ? Vous le saurez en écoutant le prochain épisode de Nico chez les ploucs. Chers auditeurs, à la semaine prochaine.

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